Compter pour ne pas sombrer.

/ juin 6, 2021/ Non classé/ 0 comments

Douze ou treize ? ou peut-être quatorze en fait, je ne sais plus. Je recompte : un, deux, trois, comme mes doigts me font mal. Ça fait trop longtemps que je compte sur eux pour me rappeler.

Quatre, cinq, six, ça craque, ouille, ma peau tire. La sécheresse me craquelle, je m’effrite. Ma peau se disloque. J’ai mal.

« Anormalement normale ». Qu’est-ce qu’ils voulaient dire avec ça. Je ne comprends pas. Ce n’est pas normal de parler comme ça.

Sept, huit, dix, euh non, après huit, c’est neuf, ou douze ? oh, je ne sais plus. Ça fait tellement longtemps que je compte, je recompte, tellement longtemps que j’ai mal.

C’est pas moi ! j’ai hurlé CE N’EST PAS MOI !

Ils veulent une coupable … trois, quatre, … pourquoi moi ?  

Ils parlaient après la messe, ils chuchotaient. Je les entendais.

Sept, huit, neuf…

Non ! ce n’est pas moi ! laissez- moi sortir ! j’ai mal, ça serre, ça pue. Je me suis fait dessus.

La vielle d’à côté, elle m’aime pas. Je l’entends avec la boulangère. Non, je couche pas avec le curé.

Ça pue, je pue, j’ai chaud, j’ai mal. Laissez-moi, je veux me tourner, je suis coincée … sortir, laissez-moi sortir, J’ai mal.

Comment je peux le dire ? j’ai pas tué. Je dois sortir, parler, raconter encore. Recommencer au début. Expliquer. Raconter la méchanceté, le mal de Loudin.

Je recommence : deux, trois, non, non, depuis le début. Un, deux, trois, je faiblis, j’étouffe, j’ai besoin d’air. Ouvrez ! ouvrez ! je dois respirer pour encore compter. Je ne peux pas m’endormir, je dois tous les retrouver.

Auguste, Marie, Toussain, ça fait déjà trois. Pierre, Louise, Marcellin, Marie-Louise, huit pour Lucie, neuf avec Blanche, Pauline ça fait dix, Virginie, Onze et douze avec maman. Il m’en manque un. Ils ont dit treize. Je recommence. Marie, un, Euh non, Auguste, un, Marie, deux, …

C’est Marie Louise la menteuse. Elle parlait aussi avec la boulangère. C’est elle ! Coupable ! elle a tout inventé ! faire du mal, jalouse. La boulangère est coupable aussi. Je vais le dire.

Trois, Toussain, quatre, Pierre, … Ah voilà, il me manquait Pauline pour faire treize.

Je dois enlever Augustin et Louise. Y avait pas d’arsenic dans le sang. Deux en moins. Il en reste onze alors. Pas assez de doigts pour les compter.

Je ne sens plus mes jambes. Où sont mes jambes ? Je suis fatiguée. Je crève. Mes yeux coulent. Je tape, je tape. Ouvrez, ouvrez ! je vais crever !

Ma poitrine exploser je suffoque.

Où sont mes forces, mon corps, j’ai mal, je dois compter pour ne pas oublier, pour rester éveillée.

Ils me cherchent.

Ils ouvrent.

Non! pas la lumière !

 

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