Dans l’impasse

/ mars 12, 2021/ Non classé/ 0 comments

Chantal ferme ses armoires à double tour et verrouille le coffre. Nerveuse, elle vérifie une ultime fois avant de partir que tout est bien cadenassé.  

  • Tu ranges déjà ? lui dit Jef en se plantant derrière elle.
  • Oui ! répond-elle sèchement, je pars tôt aujourd’hui, ça te pose un problème ? ou c’est à ta petite chérie peut-être que je devrais poser la question ?

Elle le bouscule pour sortir. Jef lui attrape le bras et la tire sèchement vers lui :

  • Tu n’as pas intérêt à révéler un mot de ce que tu sais sur mes comptes, sinon … Chantal lui assène un coup de coude dans les côtes et se dégage de son emprise. Elle marque un temps d’arrêt, se retourne et lui crache à la figure :
  • Sinon quoi ?! en le défiant du regard. Elle sort ensuite du bureau, bien décidée à ne plus se laisser faire.

Jef sentit la rage monter. Elle est prête à tout, il en est certain. Il doit agir au plus vite. Il rejoint alors Anne à qui il a donné rendez-vous dans une vieille taverne du centre-ville. Trempée par l’averse qui vient de s’abattre sur Bruxelles, Anne arrive, quelques minutes après lui. Elle ôte son impair, le met à sécher sur une chaise et s’installe très précisément là où Jef lui avait indiqué dans un message envoyé plus tôt. Elle inspecte scrupuleusement les lieux pour s’assurer de n’y être connue de personne. Une fois assurée de son anonymat, elle le prévient par sms. Inquiète, nerveuse, elle farfouille dans son sac sans trop savoir quoi chercher. Jef, lui, est tapi dans l’entre porte qui mène aux toilettes. Il l’observe. Il s’assure qu’elle ne convoite pas un autre plan que celui prévu plus tôt. Il cherche dans le moindre de ses mouvements une évidence de sa loyauté ou, au contraire, ce qui la trahirait. En même temps qu’il la scrute, il se remémore les paroles menaçantes de Chantal quelques jours plus tôt. Après avoir découvert sa relation avec Anne, elle est devenue méconnaissable, son visage s’est transformé, dévoré par la douleur. Depuis ce moment, la tension est à son comble. Il ne voit plus d’autre solution que de l’éliminer. Elle en sait trop sur lui. Elle peut à tout moment livrer ses secrets. C’est elle ou lui ! Et il a besoin d’Anne pour le faire.

Après ces quelques instants à observer sa complice, il est rassuré. Rien dans son attitude ne trahit quoi que ce soit d’anormal. Alors, il la rejoignit à sa table.

  • Bonsoir ma chérie, en lui glissant un baiser dans le cou.

Anne sursaute.

  • Oh ne fait pas ça !

Jef se trouve maintenant face à elle et la regarde d’un air étonné. Ça va mon ange ? tu me parais nerveuse ! sur un ton un peu sarcastique et provocateur.

  • Tu sais que je n’aime pas quand tu arrives comme ça derrière moi sans prévenir, alors arrête de le faire ! je te l’ai déjà dit.

Jef est agacé, mais acquiesce, il n’est pas là pour se disputer.

  • Sinon, tu as pu vérifier qu’elle ira bien au théâtre soir ?
  • Anne, un peu lassée par l’attitude de Jef, lève les yeux vers le plafond et hésite un moment avant de répondre.
  • Oui, comme prévu : elle se rend au théâtre des Galeries. Le spectacle se termine vers 22h30, elle sera donc chez elle vers 23h.

Chantal emprunte toujours le même chemin pour rejoindre son studio au Plattesteen. Elle a une vie bien rôdée. Elle aime la rigueur et le confort que lui procure ses habitudes.

  • Ok, répondit Jef, satisfait et sûr de lui, nous sommes prêts à mettre un terme à son chantage. J’ai tout prévu.
  • A 22h45, trois jeunes loubards à qui j’ai donné quelques billets déclencheront une bagarre à la sortie du Gicabel. Tu sais, c’est le café Gay a à peine une minute de la petite impasse Madrille. Ils vont insulter toutes les follases du coin et crois-moi, ça va faire du bruit. Quand Chantal passera, je n’aurai plus qu’à l’attirer dans l’impasse et en finir avec elle.
  • Et si elle crie ?
  • T’inquiète ! On ne l’entendra pas. Il y aura tellement de bruit dans la rue, que même si elle crie, personne n’y fera attention.
  • Tu es certain de vouloir faire ça Jef ? 
  • Bien sûr ! je ne vais pas la laisser continuer à gâcher ma vie. Après ça, toi et moi, on se casse. Avec tout le pognon que j’ai planqué, nous pourrons aller vivre au soleil.

Anne, stupéfaite par sa détermination le regarde silencieusement.

  • J’ai vraiment besoin de toi Anne. Tu me donneras le signal quand elle sortira du théâtre. Tu la suivras discrètement. Au moindre changement de route, tu me préviens !

22h20, leur plan est bien ficelé. Plus aucun détail ne souffre d’une quelconque incertitude. Jef sort le premier et va se planter là où il doit. Anne se rend au Théâtre et joue son rôle.

La pluie s’arrête de tomber. Il fait froid, l’air est sec.

Arrivé près du café Gicabel, un attroupement de jeunes festoient sur le trottoir. Jef est surpris d’y voir les trois jeunes loubards qu’il a embauchés.  Ils boivent de la bière et rient joyeusement en compagnie de quelques travestis. Les lieux leur paraissent bien familiers.

Il passe à côté d’eux et leur lance un regard injonctif.

Les trois jeunes finissent leur bière et le rejoignent dans l’impasse.

Quelques semaines plus trad, le corps de Jef est retrouvé dans le canal, à hauteur de Tour et Taxi. Curieusement, il porte une robe et une perruque de femme.

Chantal prend maintenant soins de remettre de l’ordre et de la rigueur dans la compatibilité de l’entreprise.

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