Fragment d’enfance

Barbara Lib/ décembre 13, 2020/ Barbara a écrit.../ 0 comments

La maison de vacances, on y entrait par le côté, par le petit chemin qui menait au jardin. C’était un vieux passage en pierre bleue cassée, dont les joints étaient sertis de mousse. Il y a bien longtemps que la porte principale en façade ne servait plus d’entrée. Je crois même qu’elle ne s’ouvrait plus.

La maison était jolie de l’extérieur. Elle était habillée par des pierres typiques des Ardennes. Sur l’une des façades, au premier étage, on pouvait encore apercevoir une énorme porte en bois vieilli. C’était l’entrée de la grange qui permettait le déchargement des ballots de paille par le camion. C’est par là que le feu s’était d’ailleurs propagé à toute la maison.

Sur le vieux passage, en contrebas du jardin, sur la droite, se trouvait la porte qui menait à la cuisine, froide et vieille. On y trouvait un vieux poêle à bois, une table et quelques meubles désuets. J’y vois encore ma grand-mère équeuter les haricots.

Je sens encore cette odeur d’humidité envahir mes narines quand on y entrait et le froid qui pinçait mes joues. La cuisine se trouvait au sous-sol, en contrebas du jardin et de la route. Alors même quand il faisait très chaud, il y faisait toujours froid.

Le jardin était grand, l’herbe fièrement pointée vers le ciel. J’adorais y aller tôt le matin et sentir la rosée fraîche mouiller mes pieds.

Il y avait un petit muret en pierre au fond du sentier qui menait à ce joli jardin et ses arbustes touffus. C’était le terrain de jeux des escargots et un formidable observatoire pout moi. Je les regardais se muer des heures durant. Je suivais leurs traînées de bave à la trace, qui ne menaient jamais bien loin d’ailleurs.

Pour se rendre dans les chambres à l’étage, on empruntait un vieil escalier en bois qui grinçait. Les chambres étaient décorées d’une autre l’époque. Du papier peint au motif floral, du mobilier en bois vernis et des lits très inconfortables. Il fallait viser juste quand on s’y couchait pour ne pas sentir les ressorts du matelas nous pincer le dos. Tout datait encore de la fin de la seconde guerre mondiale et avait accueilli les envahisseurs. Certaines pièces étaient d’ailleurs restées closes, comme pour ne pas laisser le secret s’en échapper.

Je le sentais le planer autours de moi ce secret et plus particulièrement quand la nuit tombait. Chacun de ses pas faisait grincer les marches quand il venait me rendre visite. Je l’imaginais. Je lui donnais une forme pour me rassurer, mais je ne suis jamais restée éveillée assez longtemps pour le rencontrer.

Je ne saurai jamais ce qu’il y avait derrière ces portes fermées et dont personne ne voulait jamais parler. Je ne verrai jamais librement à quoi ressemblait cette pièce où de grands dîners s’étaient tenus. Le feu a tout emporté.  

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