Je t’ai bien eue !

/ avril 23, 2021/ Non classé/ 0 comments

Elle entrouvre la tenture, juste assez pour observer, sans être vue. Ce n’est plus qu’une question de temps, quelques minutes … le chronomètre est lancé.

Un an plus tôt,

La journée avait été éreintante, mais, même si déjouer les plans de Jef l’avait mise sur les rotules, Chantal en gardait une grande fierté. Quel idiot, se disait-elle. Comment pouvait-t-il imaginer m’éliminer aussi facilement !

De retour au bureau, Chantal observait discrètement Anne. Debout, le souffle court et les poings serrés, elle la regardait fixement et détaillait chacun de ses mouvements. La rage persistait. Elle savait qu’elle devrait faire preuve de patience et de d’abnégation. Ce serait le prix de sa vengeance.

Après la mort de Jef, Anne s’était rendue à la Police pour témoigner. Elle avait expliqué dans les détails le plan de ce dernier et avait été assez honnête pour avouer son implication. Le Juge d’instruction l’avait très vite mise hors de cause et considérée plutôt comme la victime d’un manipulateur que comme une complice. Le témoignage de Chantal avait également pesé dans la décision. Elle avait réussi à brosser un portrait de Jef qui ne laissait aucun doute sur sa perversité. Depuis lors, tous les jours, les deux femmes se retrouvaient au bistro en bas du bureau et prenaient un café ensemble avant de se mettre au travail. Chantal avait insisté pour qu’Anne continue à travailler avec elle. Elle l’avait même promue au poste de chef de bureau. Elle lui avait présenté ça comme une compensation méritée et avait également joué sur ce lien qui les unissait : Jef. Elles étaient toutes deux ses victimes. Elles devraient s’entraider à l’avenir. Séduite et touchée par l’attitude amicale et soutenante de Chantal, Anne s’était laissé convaincre et s’investissait jour après jour dans son travail. C’était un exutoire pour elle et rapidement, les deux femmes étaient devenues amies et très complices, allant même jusqu’à se raconter leurs souvenirs les plus intimes avec Jef. En fait, Chantal nourrissait sa haine au fil de leurs histoires.

Un mois plus tôt,

Anne, Anne, crie Chantal qui déambulait à sa recherche à travers les bureaux.

Oui, que se passe-t-il Chantal ? J’étais aux toilettes, je m’inquiète, qu’est-ce qui se passe ? pourquoi cries-tu comme ça après moi dans les couloirs ?

Chantal, toute en haleine, reprit son souffle et lui colla sous le nez un document d’une main et son plus beau stylo plume de l’autre. Anne resta sur place, coite, les yeux ronds comme des billes.

Ecoute Anne, ça fait une semaine que j’y pense, que je retourne la situation dans tous les sens, et j’en arrive toujours à la même conclusion.

Elles s’assirent toutes les deux dans une des salles de réunion. Chantal souffla et reprit ses esprits : Ecoute Anne, tu sais que je cherche un nouvel appartement dans Bruxelles et non loin du bureau. Continuer à vivre près de l’impasse où je devais périr, me mine jour après jour. Je ne peux m’empêcher de penser à ce que Jef m’aurait fait si ses plans n’avaient pas été contrecarrés. Alors voilà, j’ai trouvé un appartement juste là-bas, plus loin dans la rue. Mais il est un peu grand pour moi. C’est un deux chambres. Alors, j’ai pensé qu’on pourrait le partager. Il y a des travaux de peinture à faire, quelques clous à planter pour accrocher de la déco, mais on s’y sentira bien. Tu ne trouves pas que ça serait génial ?!

Anne fût d’abord surprise. Elle ne s’attendait pas à ça. Mais, Chantal, es tu certaine que c’est ce que tu veux ? Ne trouves-tu pas bizarre de vivre avec l’ex maitresse de ton mari ? Mari qui en plus a tenté de te tuer ? C’est un peu glauque tout de même. Non ?

Ecoute Anne, on en a déjà parlé de nombreuses fois, Jef nous a manipulée toutes les deux ! et même si sur papier il était encore mon mari, dans les faits, nous ne vivions déjà plus ensemble depuis des mois. Je pense que c’est une bonne idée et je vais être honnête avec toi, je ne me vois pas franchir ce cap du déménagement seule. J’ai besoin de ton soutien. Ne serait-ce que pour quelques mois. Allez, s’il te plaît, signe ce bail avec moi. On emménage ensemble pour quelque temps et puis on verra.

Anne sourit et repensa à tout ce que Chantal avait fait pour elle depuis la mort de Jef et particulièrement au témoignage fait à sa décharge.

Allez OK ! soyons folles, prenons cet appartement alors !

Une semaine plus tôt,

Les caisses d’Anne venaient d’être déposées par les déménageurs. Anne flânait dans l’appartement et découvrait chaque pièce plus minutieusement qu’elle ne l’avait fait lors de sa première visite. Les portes qui séparaient les pièces avaient été enlevées pour être repeintes. En attendant, pour assurer une certaine intimité, des rideaux les remplaçaient. Ça n’était l’affaire que de quelques jours encore, ça n’était pas bien gênant.  

Anne rangea ses effets personnels en quelques heures dans une vaste pièce qu’elle avait aménagée pour être sa chambre. Elle s’y plaisait. Elle s’y sentait sereine et se réjouissait de ce nouveau lieu de vie.

Le soir même,

Anne, j’ai commandé des pizzas. Le livreur va bientôt arriver, mais je veux absolument prendre ma douche avant de manger. Est-ce que tu peux lui ouvrir et payer la commande ? J’ai mis une enveloppe dans la cuisine avec de l’argent.

Bien sûr, je m’en occupe, prends ton temps !  Anne saisit l’enveloppe pour y prendre l’argent qui s’y trouvait : cinq billets de cent francs belges qui avaient été méticuleusement imbibés d’un sérum mortel. Elle les mit dans sa poche et ouvrit une bouteille de vin. Elle se servit un verre, remplit un bol de chips et s’installa confortablement dans le fauteuil du salon.

Chantal savait qu’il faudrait 5 min au poison pour contaminer Anne. Il pénètrerait d’abord par la peau et ensuite voyagerait par le sang, détruisant petit à petit chaque cellule d’oxygène. Anne s’étoufferait d’ici quelques instants.

Par derrière le rideau, elle la regardait suffoquer en savourant sa vengeance…

Il aura fallu 4 minutes et 25 secondes pour mettre fin à la vie d’Anne.

 

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