La dualité des sentiments

/ juin 29, 2021/ Non classé/ 0 comments

Elle la regardait parler, elle scrutait ses lèvres qui racontaient. Elle buvait chacune de ses paroles qu’elle pouvait ressentir jusque dans ma chair. Elle s’emparait de la place du légitime pour s’offrir un morceau du délice, ne fut-ce que dans ses songes, parce ce qu’elle ne pouvait se compromettre en avouant ses démons.

La honte l’envahissait en même temps que le désir d’étreindre sa tendre amie. Elle cherchait à s’approcher, frôler ne serait-ce qu’un instant sa peaux si douce et parfumée.

Elle l’écoutait lui raconter l’objet de son désir et chavirait dans ses grands yeux et se noyait dans l’envie d’elle.

Elle pouvait feindre l’amitié encore et encore, juste pour la garder à ses côtés quelques instant de plus, la laisser raconter.

Elle souffrait, mais ne pouvait s’arrêter de l’aimer et rêver de l’enlacer. Pourtant elle savait qu’il l’emporterait toujours, mais le peu qu’elle pouvait avoir était déjà grand compte tenu de son malheur.

Elle rêvait de se dévoiler et d’enfin pouvoir la posséder, d’enfin laisser éclater au grand jour ce désir qui la rongeait dans l’ombre.

Elle rêvait de laisser le soleil, au détour d’un sentier, caresser leurs mains serrées et leurs corps tendrement enlacés sur un banc, dans un jardin public.

Elle rêvait de doux baisers complices bien calées dans un siège face à l’écran d’un cinéma.

Elle rêvait d’un amour dévoilé, assumé et accepté de tous.

Elle rêvait de normalité et pourtant, elle a pris la tangente.

Elle a oublié et elle s’est forcée.

Forcée à aimer comme dans l’écran, comme dans les livres, comme chez les autres.

Elle a effacé le moindre soupçon, la moindre trace du délit. Elle a porté le masque et appris à être ce qui n’était pas sa destinée.

Elle s’est mise à rêver d’un « lui », peu importe lequel, tous convenaient.

Elle a imité leurs histoires et raconté des faux émois. Elle a tout fait comme il le fallait pour laisser paraître le normal : une belle histoire d’amour entre un homme et une femme.     

Elle a inventé le premier regard, celui qui transperce, celui qui fait s’envoler les papillons et rougir les pommettes. Elle a souri au détour d’un clin d’œil volé et d’une main frôlée dans les couloirs d’une école.

Elle a feint de vibrer quand ils embaumaient la pièce de leur aftershave, quand ils la serraient dans ses bras et que leurs saccades étreignaient ses mensonges.

Et pourtant, elle les a tous aimé. Parce que l’amour n’a pas d’habit, pas de frontière. Parce que l’on aime pour autant de raison qu’il y a de natures ici-bas.

Elle a aimé leur protection, leur façon de s’occuper d’elle, maladroitement parfois. Elle a aimé leur plaisir jusqu’à en redemander. Elle a aimé être aimée et possédée par ces corps déchaînés de désir.

Mais elle n’est jamais parvenue à oublier ses premiers émois, sa nature profonde et même si ses mensonges, avec le temps, prenaient un air de vrai, c’était toujours une « elle » qui la nourrissait.

Et puis un jour, l’amour était suffisamment puissant que pour lui permettre d’exister au grand jour. Encore un peu timide sous les projecteurs, pour ne pas choquer les étriqués ou provoquer la déferlante masculine convaincue que ses atouts pourront la sauver, mais juste assez présent que pour ne plus se cacher.

Et une fois le rideau baissé, la porte bien verrouillée, loin des regards, elle laisse enfin sa vraie nature s’exprimer.  

 

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