Le temps d’un voyage

Barbara Lib/ octobre 27, 2020/ Barbara a écrit.../ 0 comments

Je suis heureux. Je saute d’une bille à l’autre, je compte mes sauts, je chante, je crie ma joie, bref je suis libre.

C’est mon anniversaire et maman m’a fait un cadeau :  un train électrique avec un circuit de plus de 3 mètres de long.  Ça m’a pris toute la journée pour le construire.

J’ai assemblé pièce par pièce les rails, pour ensuite les raccorder au petit boitier électrique qui allait alimenter le train. Ensuite, j’ai planté le décor de la gare et poser les mini-arbres tout le long du parcours. J’ai fini le montage en déballant la pièce maîtresse : la locomotive. Je l’ai inspecté sous tous ses angles. Elle était parfaite et je sens encore en moi son âme qui me transporte de bille en bille.

Lorsque j’ai connecté ses roues aux rails, le courant est passé immédiatement laissant s’échapper un doux grésillement. Ses phares se sont allumés et ont percé mon regard. J’ai senti un frisson parcourir tout mon corps et une lumière jaillir de mes pieds. Une énergie incroyable a parcouru tout mon corps. Et me voilà maintenant, fort comme un roc, léger comme un ballon gonflé à l’hélium et aussi habile qu’un léopard.

Le vent se lève, je sens quelques gouttes de pluie. Les oiseaux perchés sur leur branche commencent à s’agiter et finissent par s’envoler. On dirait qu’un danger arrive. Je me fige soudain sur une bille du chemin de fer. Mes pieds sont scellés au bois. Je ne parviens plus à me dégager. Je sens comme des vibrations qui montent en moi. J’entends un léger grondement qui va grandissant. Mon cœur accélère son rythme. Mes tempes palpitent et la peur m’envahit. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je veux partir, m’enfuir, mais rien n’y fait. Je suis incapable de bouger.

Les vibrations augmentent, ma tête bourdonne. Un bruit de vielle micheline envahit mes oreilles. J’entends son klaxon hurler pour m’avertir de dégager. Je suis là, sur ce rail, incapable de bouger et je me retrouve face à cette bête énorme qui m’engloutit.

Le temps s’arrête, je vole. Mon corps n’existe plus. Je traverse les wagons et je ressens les émotions de chaque voyageurs assis sur les banquettes : La dame inquiète car son mari n’est pas rentré la veille. Le jeune garçon qui se demande ce qu’il va manger. La mamy qui est heureuse de retrouver ses enfants à la gare. Chaque passager ne fait plus qu’un avec moi. J’entends leur moindre soupir, je sens leur cœur battre dans ma poitrine.

Et puis je m’écroule dans les graviers. Mon corps n’est que douleur. Je ne sais pas si je suis encore vivant.

Je gis là, sur le bas-côté du rail de chemin de fer. Je vois tous ces esprits traversés durant ce voyage à travers le train l. Ils me parlent et me rassurent. Puis, je me sens partir et je les voix s’éloigner. Ils crient après moi. Mon corps est engourdi et je sens un souffle dans mon oreille. Mon bras est secoué. J’ouvre alors les yeux. Mon crâne est bouillant et mes joues sont moites. Ma mère est à côté de moi. Elle me parle doucement : réveille-toi mon chéri. J’ouvre les yeux lentement et je me vois, couché là, le long des rails que je viens d’assembler, face à la micheline. Je m’étais endormi.

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