Tant qu’il nous reste nos rêves …

Barbara Lib/ octobre 5, 2020/ Barbara a écrit.../ 0 comments

Mon dieu ! Ce n’est pas possible ! Ai-je crié. Je n’en croyais pas mes yeux, ni même mes oreilles. J’ai pris ma femme dans mes bras et nous avons dansé de joie. Nos cœurs battaient à l’unissons. La réalisation de nos rêves venait de prendre un coup d’accélérateur. Nous allions enfin faire le tour du monde. C’était fait ! On avait gagné au loto.

Alina et moi attendions ce moment depuis notre première rencontre où nous avions partagé notre envie commune de visiter le monde. Mais en faisant, aussi, la rapide constatation que celle-ci allait nous coûter cher. Je me souviens qu’Alina m’avait alors regardé droit dans les yeux, avec un air déterminé, et m’avait dit : “Je vais gagner au loto. Je sais qu’un jour ça va arriver”. C’est cette détermination à vivre ses rêves et cette confiance en l’avenir dont elle faisait preuve qui m’avait définitivement séduite. Et nous y voilà à ce fameux jour.

Toute la nuit qui a suivi, nous avions rêvé de tout ce que nous allions faire avec cet argent : visiter le temple d’Angkor, traverser la grande muraille de Chine, découvrir les trésors de la Grande Barrière de Corail. Nos yeux s’émerveillaient déjà des milles lieux magnifiques que nous allions découvrir.

Le lendemain, au réveil, bien que n’ayant pas beaucoup dormi, nous étions toute guillerettes, le cœur en ébullition et la tête remplie de projets. On riait et buvait joyeusement notre café, quand, soudain, nos cœurs s’arrêtèrent de battre. Je retenais mon souffle et mon regard empli d’interrogation croisa celui de ma douce. Mais, quelle somme avons-nous gagné ? me dit Alina.

Quand les six numéros étaient tombés, nous étions tellement sur le coup de l’émotion que nous n’avions pas entendu la valeur de notre gain. Il n’y avait pas internet à l’époque et, du coup, on ne savait pas aller vérifier l’information. J’ai alors proposé à ma tendre moitié de nous rendre à la librairie. Alina acquiesçât et insistât grandement sur la discrétion. Personne ne devait savoir que nous avions gagné au loto. Ella m’avait même fait jurer mon silence. J’avais tout de même du mal à voir comment j’allais cacher un tel secret. Je m’étais imaginé comment faire vis à vis de mon travail, mais j’étais persuadée que mes collègues allaient comprendre. J’avais bien une idée de comment j’allais me justifier auprès de mon entourage, mais ça me paraissait un peu scabreux. Ça n’allait pas être facile et je comprenais que j’allais probablement devoir rompre des liens amicaux pour préserver notre secret. Ça me paraissait presque impossible, mais, Alina avait raison. On ne devait pas s’exposer à la jalousie.

Tandis que j’enfilais ma veste, Alina réfléchissait où cacher notre billet gagnant. Hors de question de l’emmener avec nous, on pourrait le perdre, et encore moins le laisser à vue dans l’appartement. Les cambriolages sont fréquents dans le quartier.

Après maintes réflexions, le cacher sous le pot du ficus nous parut être la meilleure option. Fières et rassurées par notre cachette, nous pouvions démarrer notre mission secrète. Je nous vois encore toutes excitées par cette nouvelle aventure. Le cœur léger et la tête pleine de rêves nous filions vers notre destination pour enfin connaître le montant de notre gain.

Arrivée à la librairie, On avait beau tout faire pour se fondre dans le décor, c’était peine perdue. Nous étions très nerveuses et regardions partout pour tenter de trouver les fameux chiffres. Le libraire finit même par nous interpeller : Vous cherchez quelque chose Mesdames ? Un peu gênées de notre attitude nous répondirent : Oui, où se trouvent les gains du loto d’hier Monsieur ? Il parut surpris de notre question et esquissa un léger sourire en coin avant de nous répondre : Ici Mesdames, à droite du comptoir. Merci, répondis-je, un peu honteuse. J’étais passée au moins dix fois devant sans voir l’affiche qui indiquait en fluorescent vif que le gain du seul gagnant était de plus de 30 millions. Je senti ma tête tourner, je m’accrochai à Alina qui du m’empêcher de tomber. Là, c’est clair que nous n’étions plus discrètes ! Tout le monde nous regardait d’un air interrogatif. Nous sommes alors sorties rapidement en étouffant notre joie. Il était hors de question que nous laissions échapper notre émotion au grand jour. Je ne tenais plus sur mes jambes. Alors, on s’est arrêtée au bistrot du coin pour prendre un café et me requinquer. Une pause bien méritée qui nous avait permis de reprendre notre souffle et réaliser ce qui nous arrivait. On n’y croyait pas. Plus de 30 millions ! Nous avions bien plus qu’espéré pour réaliser nos rêves.

Une fois notre café avalé et mes jambes retrouvées, on s’est remise en route.

Arrivées chez nous, je glissai la clé dans la serrure. Je forçai un peu, mais impossible de la faire tourner pour ouvrir la porte. J’entendis des bruits de pas et d’un coup la porte s’ouvrit. Je vis ma mère plantée comme un poireau devant nous, toute souriante : Coucou les filles, comment va ? Je vous ai fait une surprise … j’ai fait le ménage ! Fière d’elle, elle nous céda le passage en nous accompagnant d’un geste magistral de son bras qui nous indiquait l’ampleur du rangement et la propreté du lieu retrouvée.

A petit pas, nous sommes entrées, presque étrangère dans notre propre demeure et ma mère, toujours aussi satisfaite d’elle, nous lâcha : Dites les filles, vos plantes, faudrait quand même penser à les arroser ! Sans mon intervention, votre ficus il était mort !

J’ai regardé Alina, les yeux pleins d’horreur. Le franc était vite tombé. Dépitées, nous avions crié en cœur : Non ! Pas le ficus !

 C’était trop tard. L’eau, abondamment versée, avait traversé la terre séchée pour s’échouer dans la soucoupe qui accueillait le pot de terre. Notre billet gagnant n’avait pas survécu. Nos six bons numéros s’étaient noyés et nos rêves aussi.

Aujourd’hui nous en rions encore. Ma mère s’en veut toujours et n’est plus jamais venue nettoyer notre appartement.

Depuis, nous avons refait cent fois notre tour du monde, mais toujours en rêve.

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